Comme Quand On Dit: « C’est Du Béton ».

Saviez-vous que le béton est le matériau minéral le plus utilisé dans le monde après l’eau? Non. Vous ne le saviez pas. Vous ne le saviez pas parce qu’il n’y a pas d’océan de béton sur lequel le soleil se couche et près duquel vous élancez vos rêves vers des horizons favorables. Alors qui pense au béton comme objet de consommation courant? Personne. Pourtant, nos vies reposent, bien souvent, sur le béton. Je n’ai pas besoin de vous énumérer les endroits où le béton s’avère utile. Je suis persuadée que vous savez vous débrouiller pour trouver ses usages autour de vous. Non, j’ai plutôt envie de vous emmener ailleurs. C’est ma grande spécialité ça, l’ailleurs. Peut-être parce que je suis si attachée à ma table de travail, jour et nuit. Peut-être aussi parce que mes plus grands voyages sont surtout intérieurs. Quand j’écris sur un sujet, j’arrive souvent à trouver un angle peu commun, jamais exploité. Ça ne fonctionne pas toujours remarqué. La métaphore n’est pas toujours heureuse, mais considérez un peu celle-ci.

Quand on habite au Québec, on sait très bien que le béton est une partie intégrante de la vie économique. C’est peut-être pourquoi nous avons développés cette expression: « c’est du béton » ou « c’est béton ». Je ne sais pas. De toute façon, je me demande bien à quoi peut bien servir cette expression aujourd’hui. Qu’est-ce qui est encore béton? Et qu’est-ce que ça signifie exactement, cette expression. Je pense, évidement, que ça signifie que la chose ainsi qualifiée est solide. Pas de grandes surprises ici.

Ce qui est plus étonnant, c’est que nous n’employons plus cette expression pour désigner les relations humaines. On ne dit plus « c’est du béton » en parlant de nos relations familiales, amicales ou amoureuses. Pourquoi? Est-ce l’incertitude liée à cette habitude que nous avons prise d’être chacun, chacune, dans notre bulle individualiste? Serait-ce parce qu’ayant perdu le sens de la fluidité entre nous, la peur de déranger l’autre nous empêche désormais de se lier à l’autre. Alors, nous restons là, accablé de solitude, à tester les limites de cet enfermement. N’osant plus téléphoner à l’autre, nous nous figeons dans des postures craintives. Avons-nous à ce point perdu le courage ensoleillé d’aimer? J’observe tout autour de moi, la multiplication des vies parallèles. Non seulement nous vivons les uns à côté des autres sans jamais nous mélanger au point de nous perdre un peu ou beaucoup, mais nous vivons avec nous même comme si les parties de nous avaient des vies parallèles. Nous oublions trop souvent que nous sommes un et indivisible, unique en notre genre et que ce sont toutes ces parties de nous qui forment ce tout si attachant. Nous comme alliage de diverses composantes, c’est du béton. Revenir à cette unité fondamentale requiert un grand sens de l’accueil. C’est peut-être pourquoi nos sociétés sont tellement fascinée par la psychologie bouddhiste. Au centre de celle-ci, la notion d’un centre indivisible et lumineux. Ce centre est indestructible. Il ne peut subir de fission. Il échappe aux lois de la physique. Il échappe à toutes les lois sauf aux lois spirituelles du bouddhisme. Et ce centre qui se trouve en chacun de nous se trouve à la périphérie d’une multitude d’autres centres ce qui lie un être à un autre au final. Donc, ce qui me lie à tout autre que moi dans ce qu’il y a chez eux et chez elles d’indestructible.

Si jamais vous devez travailler avec du béton ou que vous déambuliez sur un trottoir ou que vous observiez un édifice fait de cette matière, prenez un moment pour méditer sur le sens de vos relations et sur la profondeur du lien qui vous unit vous avec vous-même et vous avec les autres et votre environnement. Peut-être qu’à force de méditer sur le lien, nous arriverons à retrouver le sens d’une communauté béton.

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