L’industrie Des Vetements De Travail : À L’heure Technologique

Depuis le début des années 1990, l’industrie du vêtement dit technique a pris une expansion aussi rapide qu’impressionnante. Dans le domaine du sport, par exemple, l’arrivée de nouveaux tissus plus performants a littéralement transformé certaines pratiques, dont celle des activités hivernales. Qu’en est-il des vetements de travail? Notre journaliste a interrogé Laurent Racine, propriétaire d’une boutique pour travailleurs depuis près de 35 ans.

Propos recueillis par Nicole Lemieux

NL : Les travailleurs qui exercent un métier physique, comme les gens de la construction, donnent l’impression de porter des vêtements identiques depuis des générations. Cette perception est-elle justifiée?

LR : Il est vrai que l’industrie des vetements de travail a mis plus de temps que celle du sport à intégrer les nouvelles technologies vestimentaires. Mais de nos jours, cette intégration est complète. On voit encore certains travailleurs choisir les anciens vêtements, un peu par habitude, mais la plupart optent désormais pour les nouvelles technologies. C’est particulièrement vrai chez ceux qui travaillent à l’extérieur.

NL : Qu’est-ce qui peut inciter un travailleur à modifier ses habitudes?

LR : Généralement, c’est le confort qui convainc les travailleurs de changer. Quand on leur présente un vêtement en leur garantissant qu’ils resteront au chaud et au sec même à la fin d’une journée de pluie, ils nous écoutent d’une oreille attentive.

NL : Comment pouvez-vous offrir une telle garantie?

LR : Les vetements de travail modernes sont faits de matériaux synthétiques qui repoussent l’humidité et qui conservent toutes leurs propriétés isolantes même quand ils sont mouillés. C’est notamment le cas de la célèbre laine polaire, désormais présente dans tous les secteurs de l’industrie du vêtement. Mais nous offrons aussi des sous-vêtements faits de polypropylène, des pantalons exempts de coton et des chemises ventilées qui ont un effet marqué sur le niveau de confort.

NL : Ces produits sont-ils plus chers que les produits classiques? Les travailleurs les voient-ils comme des vêtements de luxe?

LR : Pas tellement. C’était surtout le cas au début, quand c’était nouveau. Mais aujourd’hui, les nouvelles technologies sont tellement intégrées que le public est habitué. Et souvent, les produits d’aujourd’hui ont la même apparence que les anciens. Seuls les matériaux ont changé.

NL : On m’a déjà dit que les vêtements faits de tissus synthétiques finissaient par accumuler les odeurs corporelles. Cela est-il vrai?

LR : Ça aussi, c’était vrai durant les premières années. Certains travailleurs nous rapportaient leurs vetements de travail après quelques semaines parce qu’ils dégageaient des odeurs de transpiration. Mais les fabricants se sont adaptés et ce problème est aujourd’hui entièrement résolu.

NL : Les nouvelles technologies doivent bien avoir quelques défauts…

LR : Honnêtement, l’industrie s’est adaptée si vite que toutes les lacunes des nouveaux tissus ont été rapidement comblées. Je pense notamment à la laine polaire, qui avait autrefois la fâcheuse manie de pelucher après quelques jours d’utilisation. Les vêtements prenaient alors rapidement des allures usées et défraîchies. Mais ce problème est définitivement réglé aujourd’hui grâce à l’utilisation de microfibres.

NL : Les avantages des tissus avancés se limitent-ils aux travailleurs qui subissent des intempéries?

LR : Oh non! Par exemple, les employés qui travaillent dans le milieu médical profitent aujourd’hui de vêtements impossibles à tacher et résistants aux déchirures. Et l’industrie a mis au point une foule de vêtements très spécialisés, notamment pour le personnel travaillant dans les mines ou dans le milieu agricole.

NL : Sentez-vous encore de la résistance auprès de certaines clientèles?

LR : Non. Et la quasi totalité de celles et ceux qui font l’expérience des nouvelles technologies les adoptent ensuite pour de bon. Même qu’on voit émerger une certaine passion chez les travailleurs, qui s’empressent de nous demander de leur montrer nos nouveautés quand ils mettent les pieds en boutique. Cet engouement n’est pas près de disparaître.

NL : Y aura-t-il des nouveautés à surveiller cette saison?

LR : Nous attendons une nouvelle collection de chaussures de sécurité beaucoup plus légères et pratiquement indestructibles. Je suis impatient de les voir.

NL : Nous aussi. Merci pour cette entrevue éclairante.

LR : Tout le plaisir fut pour moi.

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